LIBERER LA PENSEE LIBRE
par Jean Semal
La liberté de penser est l'un des attributs dont les humains aiment à se parer. Mais qu'est-ce qui se niche sous ce vocable volontiers autoproclamé? Quelles seraient les structures fonctionnelles du corps humain capables de générer des effets qui se voudraient dégagés de toute contrainte? Certes, on admet généralement que les chiens de Pavlov sont conditionnés, mais nous?
Ce qui est paradoxal, c'est que le concept même de liberté soit vanté partout, alors même que les pressions de tous ordres formatent les corps et les esprits , les émotions et les pensées.
Le triomphe des effets d'annonce, le despotisme de l'image trafiquée , l'impérialisme de la rumeur affolent les sens et brouillent le sens.
La rhétorique obsessionnelle du paraître et du virtuel dans l'imagerie et le discours contemporain ont pour effet de stériliser le potentiel d'analyse critique et d'obérer la construction d'une conscience autonome. Nous sommes prisonniers de la gadgetterie électronique sans pour autant prendre la mesure de son impact délétère sur le fonctionnement de notre cerveau.
La libre pensée , rêvée comme guide de la conscience par les thuriféraires de la seule raison raisonnante, s'est engluée dans un conformisme généralisé.
Certes, cette situation n'est pas neuve. La Boétie, en 1548, avait remarquablement identifié les arcanes du rapport entre le maître et l'esclave volontaire.
Pour lui, la ruse des tyrans est d'abêtir le sujet, ce qui est bien plus efficace que la force brutale. Plus près de nous, Tocqueville décrit le nouveau despotisme "soft" "qui maintient
irrévocablement les humains dans l'enfance afin d'être l'unique agent et le seul arbitre de leur bonheur. Rendant moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre, il renferme l'action de la volonté dans un petit espace et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même."
MYSTIFICATION...
Aujourd'hui le tyran est sans visage:l'uniformité compétitive de l'image, du discours, des marques, reflète partout la mystification de l'immédiateté. L'exploitation de l'homme par l'homme se perpétue au nom des valeurs universelles trafiquées et trahies. Comment dès lors débarasser la pensée de ses scories, de ses préjugés, de ses dogmes, de ses certitudes infondées, pour assumer pleinement les missions intellectuelles, affectives et imaginaires qui sont son apanage?
Comment se dégager du convenu pour déchiffrer le sens profond de la condition humaine?
Comment construire une réalité personnelle et collective qui émancipe l'esprit ? Comment comprendre l'unicité et la beauté dans chaque être pour apprécier et respecter le rapport à autrui ?
Toutes ces questions portant sur la libération de la pensée commandent une ascèse fondée sur l'analyse critique et autocritique de l'information. Car parmi les obstacles qui se dressent sur la voie de la libération, je pointerai la prétention d'un savoir omniscient qui se soumet à la dictature du profitariat.
On n'est paslibre-exaministe: on le devient par une tension permanente entre le questionnement et la compréhension des êtres, des événements et des choses .On le reste par un travail incessant sur soi-même dans le rapport à l'autre. Faute de quoi, la capacité de réflexion s'atrophie, par manque d'exercice de la critique argumentée.
Dès lors, nous qui sommes membres de la société civile, avons pour devoir de préserver l'imaginaire et l'ouverture symbolique des cerveaux dans la production de pensée libérée. Notre survie comme êtres et humains autonomes en dépend...
Selon la formule de Nazim Hikmed:"Nous avons libéré nos poignets de leurs entraves, mais les menottes nous ont monté à la tête."
Pour nous dégager de cette oppression et libérer de façon fonctionnelle et responsable le libre examen dans ses fonctions mentales et affectives, il conviendrait de formuler une traduction scientifique de ce concept.
Les avancées récentes des neurosciences montrent qu'il repose, dès l'enfance, sur des représentations mentales nourrissant un imaginaire confronté en permanence à un réel avec lequel il dialogue.
...OU ASSERVISSEMENT
par Jean Semal
La liberté de penser est l'un des attributs dont les humains aiment à se parer. Mais qu'est-ce qui se niche sous ce vocable volontiers autoproclamé? Quelles seraient les structures fonctionnelles du corps humain capables de générer des effets qui se voudraient dégagés de toute contrainte? Certes, on admet généralement que les chiens de Pavlov sont conditionnés, mais nous?
Ce qui est paradoxal, c'est que le concept même de liberté soit vanté partout, alors même que les pressions de tous ordres formatent les corps et les esprits , les émotions et les pensées.
Le triomphe des effets d'annonce, le despotisme de l'image trafiquée , l'impérialisme de la rumeur affolent les sens et brouillent le sens.
La rhétorique obsessionnelle du paraître et du virtuel dans l'imagerie et le discours contemporain ont pour effet de stériliser le potentiel d'analyse critique et d'obérer la construction d'une conscience autonome. Nous sommes prisonniers de la gadgetterie électronique sans pour autant prendre la mesure de son impact délétère sur le fonctionnement de notre cerveau.
La libre pensée , rêvée comme guide de la conscience par les thuriféraires de la seule raison raisonnante, s'est engluée dans un conformisme généralisé.
Certes, cette situation n'est pas neuve. La Boétie, en 1548, avait remarquablement identifié les arcanes du rapport entre le maître et l'esclave volontaire.
Pour lui, la ruse des tyrans est d'abêtir le sujet, ce qui est bien plus efficace que la force brutale. Plus près de nous, Tocqueville décrit le nouveau despotisme "soft" "qui maintient
irrévocablement les humains dans l'enfance afin d'être l'unique agent et le seul arbitre de leur bonheur. Rendant moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre, il renferme l'action de la volonté dans un petit espace et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même."
MYSTIFICATION...
Aujourd'hui le tyran est sans visage:l'uniformité compétitive de l'image, du discours, des marques, reflète partout la mystification de l'immédiateté. L'exploitation de l'homme par l'homme se perpétue au nom des valeurs universelles trafiquées et trahies. Comment dès lors débarasser la pensée de ses scories, de ses préjugés, de ses dogmes, de ses certitudes infondées, pour assumer pleinement les missions intellectuelles, affectives et imaginaires qui sont son apanage?
Comment se dégager du convenu pour déchiffrer le sens profond de la condition humaine?
Comment construire une réalité personnelle et collective qui émancipe l'esprit ? Comment comprendre l'unicité et la beauté dans chaque être pour apprécier et respecter le rapport à autrui ?
Toutes ces questions portant sur la libération de la pensée commandent une ascèse fondée sur l'analyse critique et autocritique de l'information. Car parmi les obstacles qui se dressent sur la voie de la libération, je pointerai la prétention d'un savoir omniscient qui se soumet à la dictature du profitariat.
On n'est paslibre-exaministe: on le devient par une tension permanente entre le questionnement et la compréhension des êtres, des événements et des choses .On le reste par un travail incessant sur soi-même dans le rapport à l'autre. Faute de quoi, la capacité de réflexion s'atrophie, par manque d'exercice de la critique argumentée.
Dès lors, nous qui sommes membres de la société civile, avons pour devoir de préserver l'imaginaire et l'ouverture symbolique des cerveaux dans la production de pensée libérée. Notre survie comme êtres et humains autonomes en dépend...
Selon la formule de Nazim Hikmed:"Nous avons libéré nos poignets de leurs entraves, mais les menottes nous ont monté à la tête."
Pour nous dégager de cette oppression et libérer de façon fonctionnelle et responsable le libre examen dans ses fonctions mentales et affectives, il conviendrait de formuler une traduction scientifique de ce concept.
Les avancées récentes des neurosciences montrent qu'il repose, dès l'enfance, sur des représentations mentales nourrissant un imaginaire confronté en permanence à un réel avec lequel il dialogue.
...OU ASSERVISSEMENT
Comprendre les bases de notre asservissement inconscient afin de mieux en maîtriser les effets par des stratégies appropriées représente dès lors, un projet personnel prioritaire pour l'adulte. L'éducation de l'enfant, la sensibilisation des familles, la structuration des programmes d'enseignement, le soutien de l'éducation permanente, ainsi que des mouvements de jeunesse à objectif culturel, artistique, sportif ou naturaliste, en constituent les prémisses.Car nous avons besoin de défricheurs habiles et courageux pour assumer une philosophie du questionnement, du déchiffrement et de la représentation critique.
Pour prévenir l'engourdissement des consciences, maintenons largement ouvertes les voies de l'innovation et du dialogue constructif, afin de nourrir la dynamique de "libération de la pensée libre".
Alors, selon mon ami Franco Menozzi, fauché à la fleur de l'âge par un sort injuste, "pour le reste des temps et dans tous les univers, les enfants des hommes seront des passeurs de lumière, des bâtisseurs de vie".
extr. "Le mensuel de la ligue de l'enseignement" N.132
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