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L’espoir renaît pour Marina Petrella

Justice . Hier, la cour d’appel de Versailles a remis en liberté sous contrôle judiciaire l’ex-brigadiste, toujours menacée d’extradition. Un geste fort salué par sa famille.

Une lueur d’espoir. Une timide lumière, mais qui pourrait se révéler vitale, dans le gouffre sinistre dans lequel Marina Petrella vit depuis des mois. Hier après-midi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles, qui statuait sur sa remise en liberté suite à une réquisition du parquet général, a décidé la levée d’écrou de l’ancienne activiste italienne. La menace de l’extradition pèse toujours sur la tête de l’ex-prisonnière, mais cette décision cruciale, tant attendue par son avocate, Me Irène Terrel, par sa grande fille, Elisa Novelli, et par tous ses soutiens qui étaient présents, a apporté une bouffée d’oxygène salvatrice tant la perspective de voir mourir Marina Petrella dans une prison française devenait de jour en jour plus palpable.

un premier pas vers l’apaisement

Devant le tribunal, Elisa raconte combien l’état de santé de sa mère, aujourd’hui hospitalisée à Sainte-Anne à Paris, est précaire. « Ma mère a, très cliniquement, atteint une position de laquelle on ne peut revenir que difficilement. Elle a encore perdu un kilo. Elle est sous perfusion mais cela lui permet tout juste de conserver ses fonctions vitales. Pas du tout d’améliorer son état. » À l’ouverture de l’audience, le président du tribunal ne peut évidemment qu’expliquer l’absence de Marina

Petrella, victime d’un « acte suicidaire lucide, non pathologique ». Avant de préciser que le Conseil d’État, saisi d’un recours en annulation, n’a pas encore fait connaître sa décision.

Comme il l’avait fait savoir la veille de l’audience, l’avocat général, Michel Doumenq, demande le placement sous contrôle judiciaire de l’ex-membre des Brigades rouges. Pour ce faire, il s’appuie sur le rapport remis, le 1er août dernier, par le professeur Frédéric Rouillon, qui a accueilli la prisonnière dans son service. Le représentant du ministère public se réfère également au Code de la santé et au Code de procédure pénale pour établir que « l’état de santé de Mme Petrella (…) n’est pas compatible avec une situation de détenue ». Sans sourciller, le représentant du ministère public spécifie : « Je demande qu’elle se trouve placée sous le régime du contrôle judiciaire avec contraintes et obligations comme celles de ne pas sortir des limites de la région Île-de-France, qu’elle se soumette à l’hospitalisation et qu’elle ne s’absente pas de l’hôpital. »

Pour la défense, Me Irène Terrel rend d’emblée un hommage appuyé au parquet général de Versailles pour cette « demande exceptionnelle ». « Je salue l’initiative du ministère public, plaide-t-elle. De votre décision, dépend la vie de Marina Petrella. » Quant au contrôle judiciaire, l’avocate souligne combien il est aujourd’hui « superfétatoire ». De plus, rappelle-t-elle, « ma cliente n’a pas la moindre volonté de se soustraire à quoi que ce soit en France ». Résolument optimiste, Me Terrel, au sortir de la salle, dit haut et fort que la sentence à venir sera « un geste fort », un premier pas vers l’apaisement définitif auquel tout le monde aspire dans cette histoire. « L’étau doit se desserrer. Une décision humanitaire doit suivre. Dans ce pays sensible à la cause humanitaire, qui est inscrite dans la loi, nous pensons que les autorités politiques doivent se servir de cette clause. Nous ne sommes ni dans la provocation ni dans la schizophrénie, nous pouvons aller vers une solution humanitaire. »

« Le goût

de la liberté »

Elisa Novelli, qui n’a pas vu sa mère depuis le mois d’avril (« Elle ne voulait pas qu’on lui apporte des fleurs jusqu’à sa mort »), peut enfin se laisser aller à se dire « heureuse ». La levée d’écrou est « une condition inéluctable pour lui permettre de vivre », pour « lui redonner le goût de la liberté ». « Je souhaite ardemment revoir ma mère. Qu’elle sorte de cette situation anachronique. Pendant quinze ans en France, elle n’a représenté aucun danger. Elle a refait sa vie. » Et de caresser l’espoir d’un « geste politique » dans la lignée de la lettre envoyée par Nicolas Sarkozy au président du Conseil italien lui suggérant de gracier Marina Petrella. Histoire d’oublier définitivement ce que, entre enfants d’ex-brigadistes, ils se racontaient en Italie : « Ils garderont même les cercueils en prison. »

Dany Stive



Article par le 6 août 2008 dans "l'Humanité"

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